Dimanche, après le dîner, j’ai appelé ma mère, en Indiana. Elle regarde encore les Bulls comme on regarde la maison des voisins qui ont gagné tout ce que nous n’avons pas gagné.
Je lui ai raconté Boston. Les Celtics devant après un quart-temps, 32 points d’avance dans le deuxième, Pritchard, Tatum et George à 74 points à eux trois. Deux défaites de plus de 35 points, avec Toronto. Quatre de suite. Elle a fait le petit bruit qu’elle fait quand le gâteau ne lève pas.
Alors je lui ai parlé du rookie. Caleb Wilson, vingt ans, d’Atlanta, 23 points ce soir-là. Basket USA dit qu’il admire Michael Jordan et qu’il avait déclaré vouloir le surpasser. Ma mère a dit : ah. Juste ah. Chez elle, ah, c’est une saison entière de commentaires.
Let me tell you, en 2000, quand je suis arrivé à Charleroi avec un sac, moi aussi je voulais surpasser quelqu’un. Le pivot de l’équipe d’en face, un samedi. Il a pris le rebond, je n’ai pas fait mon box-out, et le coach m’a regardé sans rien dire. J’ai compris le lundi.
Je lui ai lu ce que le garçon a dit : « C’est mon rôle d’être un leader dans cette équipe, et tout doit commencer par moi. » Et aussi : « Buddy [Hield] disait que nous devions faire preuve d’un minimum de fierté et de passion, et je suis totalement d’accord avec lui. »
Elle m’a demandé de relire la deuxième. Je l’ai relue.
Ici, en Belgique, j’ai appris une chose : on ne dit pas qu’on est le leader, on attend que la buvette le dise le samedi. Mais là-bas, à vingt ans, on parle fort, et je trouve ça bien aussi. Il a 23 points pour appuyer sa phrase. Moi, à son âge, j’avais un sac.
Un rookie qui cite quelqu’un d’autre que lui, chez nous, il range les chaises sans qu’on le lui demande, hein.
Ma mère a réfléchi. Puis elle a dit que Jordan, elle ne savait pas, mais qu’un garçon de vingt ans qui commence par moi et qui finit par Buddy, il a déjà compris le plus difficile. Elle a dit : tu vois.
Le fait est vrai, on a vérifié : Basket USA.




