Dimanche, après le dîner, j’ai appelé ma mère en Indiana. C’est elle qui avait la question, cette fois. Elle avait lu que Shai Gilgeous-Alexander, le meneur d’Oklahoma City, avait dit au magazine TIME qu’il est le meilleur joueur de la NBA. Elle voulait savoir ce que j’en pensais, à Marcinelle.
Je lui ai lu ce qu’en rapporte BasketNews. Il parle de sa production soir après soir, de son efficacité, de sa part de victoires ces deux dernières saisons. Il parle aussi des fans qui lui reprochent de simuler et l’appellent « foul merchant ». Ma mère a demandé, évidemment, si quelqu’un avait défendu. J’ai dit que ce n’était pas la question de l’interview.
Let me tell you comment ça se passait en 2000. J’arrive à Charleroi avec un sac, un contrat d’un an et une salle avec des lignes de badminton. Le premier samedi, un gars de l’équipe d’en face me dit, poliment, que je ne suis pas le meilleur joueur de la série. Il avait raison. Le meilleur, c’était lui, il avait trente-six ans et il faisait le box-out comme on ferme une porte. Je ne l’ai jamais lu dans un magazine. Ici, on ne dit pas qu’on est le meilleur. On dit « ça allait », et on range le sac.
Ma mère a écouté. Puis je lui ai lu la fin : il dit que le basket a fait des choses formidables pour sa vie et celle de sa famille, et que si une narrative sur les réseaux sociaux est le pire que le jeu lui apporte, il prend ça un million de fois sur un million.
Là, elle n’a plus parlé de défense. Elle m’a demandé ce que le basket avait fait pour ma famille, à moi. J’ai dit : une saison à Charleroi, une femme à Marcinelle, des U10 le dimanche matin, et vingt-six ans de septante et de nonante. Je n’ai jamais été le meilleur joueur de nulle part.
Elle a dit : tu vois, vous avez dit la même chose, toi et lui, seulement lui l’a dit en premier.
Le fait est vrai, on a vérifié : BasketNews.



