Portland a battu les Lakers, cent trente-six, cent vingt-neuf, et reste invaincu. Ce n’est pas le score qui m’a tenue éveillée, c’est le reste : septante et un lancers francs, trois joueurs sanctionnés pour simulation, et un entraîneur qui s’excuse auprès des journalistes.
Micah Nori a dit : « Bravo à la NBA. Je le souligne. Excellent travail. Il y a eu 71 lancers francs. Il était presque 2 h du matin sur la côte Est à la fin du match. Désolé de vous avoir fait rester ici aussi longtemps. » Je ne me mêle pas de l’arbitrage, hein, je suis présidente, pas comité. Mais « désolé de vous avoir fait rester », ça, je le dis chaque samedi à mes bénévoles, avec un café en jeton.
Chez nous, un match haché, c’est un match où le chauffage décroche au troisième quart. On joue en veste. Personne ne simule, il fait trop caillant pour reculer les bras levés. Et à la fin, on range.
Septante et un lancers francs, je les ai convertis comme je pouvais : chez nous, ce serait le thermos vide à la mi-temps, la friterie fermée avant la sirène et le minibus qui démarre sans les parents. Une soirée entière, quoi, qui tient dans un quart-temps.
Il y a eu Luka Doncic à quarante et un points, Damian Lillard avec son tir à trois points dans les dernières secondes, Ja Morant à vingt-trois, son meilleur total de la saison. Très bien. Je les applaudis tous.
Septante et un. C’est marqué.
Moi, je pense surtout à la personne qui a éteint la salle derrière eux, à presque deux heures sur la côte Est. Personne ne l’a citée. Je ne sais pas faire autrement que penser à elle. Moi aussi, j’ai encore la clé à rendre.
Le fait est vrai, on a vérifié : BeBasket.


