Après le dîner, j’ai appelé l’Indiana. Ma mère avait vu le résumé : Golden State bat les Clippers, cent vingt-quatre, cent douze, sans Curry ni Green, laissés au repos. Un rookie, Yaxel Lendeborg, 37 points, 6 sur 11 à trois points. Elle voulait savoir pourquoi le garçon s’excusait.
Je lui ai lu sa phrase. Il n’a jamais chassé les stats, mais ses coéquipiers voulaient qu’il atteigne les 40, il a cédé, et ce n’était « pas très bien de sa part ». Il aime le basket éthique, et ce n’est pas ce qu’il a fait sur les dernières minutes.
Let me tell you, ça m’a ramené en 2000. Ma première saison à Charleroi, une salle avec des lignes de badminton. Un soir, j’étais à vingt-huit points. Le banc criait trente. J’ai tiré trois fois de suite, j’ai raté les trois, et le coach m’a montré le gars démarqué dans le coin sans rien dire. J’ai fini à vingt-huit. On avait gagné quand même. Personne ne m’a demandé de m’excuser. Je l’ai fait quand même, à la buvette, avec une jatte de café que je ne savais pas encore boire.
Ma mère a écouté. Puis je lui ai dit que vendredi, contre les Lakers, le même garçon avait six points, cinq ballons perdus et six fautes. Il avait parlé du pire match de sa vie. Puis, contre les Clippers, trente-sept, et il trouve encore quelque chose à se reprocher.
Steve Kerr a dit qu’il ne connaissait pas encore vraiment le jeu de la NBA et qu’il allait beaucoup progresser. Là-bas, on appelle ça un rookie. Ici, on appellerait ça un gars bien élevé.
Un joueur qui s’excuse d’avoir trop marqué, je le prends tout de suite pour la tombola.
Ma mère a réfléchi longtemps, comme elle fait. Puis elle a demandé : et quand il cherchait les 40, quelqu’un défendait sur lui ? J’ai dit que je ne savais pas. Elle a dit : tu vois, le basket éthique, ça commence en défense.
Le fait est vrai, on a vérifié : BeBasket.



